Le 23 août prochain, le film Ababouiné sortira dans les cinémas québécois. Voici des entrevues réalisées avec le réalisateur André Forcier ainsi que les acteurs Rémy Girard, Éric Bruneau et Gaston Lepage lors d’une rencontre de presse.
Rappel : On était présent lors de la première montréalaise le 4 août dernier. Découvrez dès maintenant les photos du tapis rouge.
André Forcier – Réalisateur
Votre film Ababouiné est une fable qui concerne, entre autres, l’avènement d’une société laïque au Québec. Pensez-vous que le Québec de 2024 est devenu une société laïque ?
Oui, je pense qu’on est devenu une société laïque. On n’a plus de crucifix dans nos écoles, ni au Parlement (à l’Assemblée nationale), mais on subventionne encore les écoles privées catholiques ou d’autres confessions, pour les riches qui en ont les moyens, ça ne devrait pas exister! Si les gens veulent payer pour ça de leur propre poche, je n’ai rien contre, mais aujourd’hui, subventionner les écoles privées confessionnelles avec de l’argent public, je trouve ça scandaleux. À l’époque, on n’avait pas le choix, l’éducation et les soins hospitaliers étaient beaucoup assurés par les religieux… Fin des années 40, déjà, certains artistes et citoyens étaient des précurseurs pour changer tout cela. Les progressistes de l’École des Beaux-arts ont suivi Paul-Émile Borduas à l’École du Meuble. Or, ce qui a donné le premier jalon de la Révolution tranquille, c’est d’abord le «Refus global » en 1948. D’ailleurs, on le voit, dans le film, que le manifeste imprimé ait été conservé bien précieusement, ça voulait dire que le personnage qu’interprète Gaston (Lepage), Archange St-Amour, était très proche de cette mouvance révolutionnaire.



Pour ce qui est de la fable, de la maladie de deux personnages… Polio et Parkinson, quel est le lien qui est fait avec la religion?
Je vais vous étonner, mais je suis chrétien! Je suis anticlérical à l’os, mais on est dans une civilisation chrétienne. Ça fait deux ans et huit mois que je ne bois pas, j’ai écrit une bonne partie du scénario pendant la pandémie à l’époque où je buvais. J’ai été au CHUM en désintoxication, mon foie était aux trois quarts cirrhosé, je me suis mis à prier le Frère André… En un an, mon foie a été complètement guéri… j’ai vu mon médecin de famille, il a regardé les radios et il n’en revenait pas. Moi, de toute façon, je crois au message du Christ, mais je ne crois pas ce que l’Église catholique en a fait! Il y en a qui pourraient me reprocher d’avoir mis un miracle à l’intérieur d’un film, mais, la fin un peu « cartoonesque » nous porte à accepter le miracle !
Rémy Girard – Le Cardinal Madore
Votre rôle dans le film est celui d’un cardinal qui a beaucoup de pouvoir et rêve d’aller à Rome… Est-il au courant de tout ce qui se passe dans son clergé?
Le personnage, lui dans sa tête, il est déjà pape! Il a déjà ses gardes pontificaux, les zouaves! Il s’en va à Rome, lui, le Faubourg à M’lasse, il n’en a rien à cirer ! C’est un personnage que je reprends pour la deuxième fois. Dans Je me souviens, il était Monseigneur Madore, un évêque ! Il était déjà assez imbu de lui-même. C’est des gens qui avaient le pouvoir dans le Québec des années 1950. Le clergé était aussi fort même plus fort que le gouvernement. La main de Dieu contrôlait tout! Moi, j’ai vécu ça. On avait un prêtre dans la famille, mon oncle l’abbé, c’était le prince. Ça prenait un religieux par famille… sinon tu ne gagneras pas ton ciel!


Selon vous, le Québec est-il sorti du confessionnal?
Oui, on est sorti de la religion, mais on n’est pas sorti de l’extrême droite, ce qui se passe aujourd’hui avec l’extrême droite. C’est comme de nouvelles religions qui reviennent, pas le catholicisme, mais des façons de penser, le politiquement correct, et ces dogmes qui remontent. Mais une chance qu’il y a des changements qui surviennent … comme aux États-Unis, la campagne a viré. Un petit miracle, ça en prend ! Denys Arcand l’explique aussi avec un personnage qui est prêtre joué par Gilles Pelletier dans Les invasions barbares. Il dit: « En 1960 au Québec en 3 mois, il n’y avait plus de religion! C’était fini! C’est allé très vite. » Partout, on a enlevé les costumes et les soutanes. Tous ceux qui s’occupaient gratuitement des soins des malades et de l’éducation ont débarqué. Je pense qu’on a un peu jeté le bébé avec l’eau du bain! J’ai étudié chez les pères Oblats, il y avait là-dedans des gens très généreux et savants. À ce moment-là, il y a eu beaucoup de défections, des défroqués. Aujourd’hui, les presbytères et les églises deviennent des condos. Mais longtemps, le clergé vivait dans un certain luxe par rapport à la population. Le cardinal Madore ne voit pas le réel ni les abus du clergé!
Éric Bruneau – L’abbé Cotnoir
Comment est-ce que tu abordes l’abus du religieux dans ton rôle ? Même si c’est un conte, une fable. Tu es le prêtre méchant dans un cadre qui pourrait être une caricature…
Oui. Je l’habite avec les intentions du personnage. Je pense que c’est un arriviste, quelqu’un qui veut le pouvoir, lui, il veut sortir de là il veut y aller en Italie ! Le Québec, ce n’est pas pour lui, ce n’est pas assez! Il est ambitieux et il est prêt à faire n’importe quoi pour son avancement, pour garder le pouvoir! Il abuse des enfants et même de tout, comme en éducation physique, il les domine et les fait courir, etc. Quand il a du pouvoir, il pousse le monde pour se venger.


La question du pouvoir religieux, est-ce encore important d’en parler en 2024?
Oui. Il faut regarder ce qui se passe aux États-Unis avec Roe Vs Wade. Je pensais que c’était un acquis … La montée de la droite conservatrice est partout. Moi aussi, je reste confiant. Moi et Rémy, on a des rôles conservateurs DE DROITE, on incarne le politique et la religion dans le Faubourg à M’lasse. Rémy et moi, on s’est demandé si les deux personnages couchaient ensemble! Peut-être, mais bon!
Pendant que certains réalisent ce qu’est le Refus global! Je trouve ça beau, ils ont revendiqué le droit de rêver, le droit de la poésie! C’est aussi un hommage à la langue française aussi, au langage d’André Forcier, dans un lexique un peu savant, mais réconfortant. Sa langue est précise, recherchée, toujours réelle et québécoise ! C’est toujours limpide et précis de tourner avec Forcier. Ultimement, le propos sera aussi clair pour le spectateur!
Gaston Lepage – L’éditeur Archange St-Amour
Parle-moi de ton personnage combatif, précurseur d’une révolution tranquille!
Il faut dire que la révolution culturelle (Révolution tranquille), il faut qu’elle commence avec quelqu’un. On l’a daté vers 1960, mais il y a du monde qui fomentait déjà depuis un bon bout. Certains cherchaient une espèce de libération par rapport à toutes sortes de jougs, dont celui du clergé… Mon personnage est éditeur, il édite même pour l’église. C’est un esprit libre quand même. Il est imprimeur, mais aussi pamphlétaire, par exemple, en 1957, il imprime un document qui prône ouvertement un Québec laïque. On voit même dans son atelier le manifeste du Refus global, tu sais qu’il n’y en a pas eu beaucoup de copies! On était fébrile d’en avoir une copie en main!



Michel Jolicoeur | Journaliste

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
