Ça fait deux ans depuis votre dernier album. Est-ce que votre vision créative a changé pendant ce temps-là et, si oui, comment?
Sonny: Notre vision créative a changé, notamment par le fait que pour cet album-là, contrairement au Sous le même toit, on est devenus producteurs et on s’est occupés de la direction artistique de l’album ainsi que les spectacles. Ça fait en sorte qu’on pourrait laisser libre cours à notre imagination pour mettre notre couleur partout. On a toujours une belle liberté dans notre carrière, mais avec Science humaine, on pouvait vraiment prendre le contrôle créatif. Je crois que le résultat est plus vivant et peut-être un peu plus mature aussi. C’est assurément plus imparfait, au niveau des sujets et même du son. C’est plus raw.
Est-ce que vous vouliez toujours avoir ce contrôle ou est-ce que c’était quelque chose que vous avez décidé d’explorer pour l’album?
Erik: Dans le fond, je pense que le but ultime en tant qu’artiste est de devenir ton propre producteur. Le moment pour nous était parfait parce qu’avant ça aurait été trop tôt.
Sur cet album, il y a beaucoup de violon et des moments un peu plus de drame. Quel est le message ou l’ambiance de cet album, selon vous?
Erik: Le message est la science humaine, donc il parle de tout ce qui est humain. Parfois c’est moins beau, c’est toujours imparfait. Il y a la mort et sur cet album on parle du deuil, quelque chose dont on n’a pas parlé avant. On aborde les piliers de famille qui sont en train de s’éteindre et qui apportent des traditions avec nous autres. Ce sont des sujets un peu plus profonds qu’on n’avait pas nécessairement abordés avant.


Vu que le titre de l’album est Science humaine, y a-t-il des choses que vous avez appris sur la société à travers les dernières années? Ou est-ce que c’est vraiment plus que vous avez exploré des émotions humaines?
Sonny: C’est beaucoup plus une exploration des émotions humaines. On a toujours eu la réputation d’être très joyeux, que ce soit dans l’interprétation ou dans le choix des mots. Sur cet album-là, on a vraiment joué avec les émotions moins le fun. Cet album n’est pas dark, c’est quand même lumineux, mais j’ai l’impression qu’on est allés jouer dans l’imperfection des choses. On est allés plus en profondeur dans les textes et peut-être dans la musique, ce qui donne un album très coloré.
Il y a une version de Croire en nous que vous avez faite à Abbey Road. Comment est-ce arrivé? J’ai l’impression que c’est rare que des musiciens québécois enregistrent là-bas!
Sonny: C’était une de mes idées parce que je suis un geek des enregistrements studios! J’ai un studio à la maison et un studio dans lequel on a enregistré une partie de l’album. Vu qu’on avait la production entre nos mains et qu’on décidait du budget, je voulais qu’on aille à Londres pour enregistrer dans le studio Abbey Road. Mon but ultime, c’est de visiter le plus de studios mythiques possible.
On ne sait pas si pour le prochain album on aura des fonds pour aller dans un autre. Donc, pendant que l’opportunité était là, on a choisi Abbey Road parce que c’est vraiment LE studio mythique. On a passé quatre jours là-bas avec nos blondes, nos filles, notre gérant et sa femme, et notre réalisateur Gautier Marinof. On était neuf et c’était une expérience absolument incroyable. On a utilisé le compresseur, le préampli, les micros, toutes les affaires que les Beatles ont utilisées. C’était fascinant.
Quels sont les autres studios mythiques que tu aimerais visiter?
Sonny: Il y en a plein! Pour le prochain album, ce sera probablement dans le studio (A&M Recording Studios) à LA où la chanson We Are The World a été enregistrée en 1985. Ça serait incroyable. Sinon, Capitol Records. Pour nos prochains albums, on aimerait enregistrer une chanson dans un studio mythique.
Vous avez dit que votre processus de création était plus indépendant pour cet album. Comment le comparez-vous aux processus précédents?
Erik: On s’est beaucoup impliqués autant dans les visuels que dans le choix des chansons et les thèmes qu’on a abordés. Pour cet album, on a engagé les mêmes musiciens qui nous suivent en tournée et on a fait des sessions live. Chaque musicien donne leur couleur et ça sonne plus comme on est en spectacle.
La chanson Mon idole est dédiée à Karl Tremblay. Il semble que tout le monde ait une anecdote liée à la musique des Cowboys fringants, peu importe s’ils sont un grand fan ou non. Pourquoi était-il important pour vous d’avoir une chanson sur cet album?
Sonny: En fait, Mon idole n’est pas une chanson dédiée à Karl Tremblay, c’est un clin d’œil. J’ai l’impression que c’est plus une chanson qui reflète le regret de ne pas avoir poussé la rencontre, de ne pas être allé au bout des choses et de se rendre compte que finalement c’est trop tard. Je pense que cette chanson est un peu teintée de regret, mais c’est un petit clin d’œil à Karl Tremblay parce qu’il n’est pas seulement une figure extrêmement importante au Québec, mais il demeure une fierté. À travers la francophonie mondiale, tu peux être fière de dire que les Cowboys fringants viennent de chez nous.
La chanson a été écrite par Alexandre Poulin. Quand il nous l’a présentée, on l’a trouvée vraiment géniale parce que Karl Tremblay est un artiste pour qui on a un énorme respect. C’est un artiste qu’on a eu la chance de rencontrer à quelques reprises, donc on a trouvé le clin d’œil intéressant.
Votre premier album est sorti en 2015 et vous avez depuis reçu beaucoup de succès. Avez-vous remarqué que la scène musicale québécoise a changé depuis que vous avez commencé et, si oui, comment?
Erik: Oui, surtout concernant les ventes d’albums. On ne voit pas les mêmes chiffres parce que l’industrie a changé. Il faut trouver des moyens de s’adapter. L’industrie musicale ne va pas mourir. Je pense que les gens sont conscients de son importance dans la culture et que ça fait du bien. Même si les gens assistent peut-être à moins de spectacles, les arts vivants vont toujours rester une façon de s’échapper du quotidien. Donc, en tant qu’artistes, on s’adapte à ces changements au lieu de dire que c’est fini et qu’il n’y a rien qu’on puisse faire.
Sonny: Il y a eu une évolution depuis le début de notre carrière, dans les arts vivants ainsi que dans l’industrie musicale. Les billets sont plus difficiles à vendre et les albums ne se vendent pratiquement plus. C’est comme ça pour tout le monde, non seulement au Québec. On évolue là-dedans.
Ce soir, vous jouez au Grand Théâtre de Québec. Quels sont vos plans pour ce spectacle? Est-ce qu’Il y a une ambiance que vous aimeriez que le public ressente?
Erik: C’est une grande fête, en fait, au niveau de la production et de l’éclairage. C’est le show qu’on avait envie de faire depuis longtemps. On est six musiciens sur scène, donc c’est très dynamique. Il y a des moments très intimes, mais il y a également des moments très énergiques où tout le monde est impliqué.
En rafale…
Quel est votre souvenir le plus doux lié au fait d’être sur la route, que ce soit pendant vous étiez en tournée ou juste pendant que vous conduisiez quelque part?
Sonny: Je me souviens de la première fois qu’on a passé à la radio. On n’était pas connus à cette époque-là et on était au Lac-Saint-Jean. On avait un spectacle dans un bar et on a sorti notre premier extrait radio qui était Le démon du midi en 2014. On a entendu la chanson pour la première fois à la radio à Énergie. Je me souviens de m’avoir dit dans ma tête, parce qu’on croisait d’autres automobiles, que c’est clair qu’au moins une automobile est aussi en train d’écouter Énergie et entendre notre chanson. Cette personne n’a aucune idée qu’elle est à côté de l’artiste qui chante la toune. Cette réflexion m’a fait bien plaisir.
Erik: Ça, c’est une bonne histoire. Je me rappelle une tournée de 18 spectacles en 19 soirs. Pendant les derniers spectacles, on était complètement exténués. Je sais qu’aujourd’hui on ne ferait pas autant de spectacles en autant de soirs.
Qu’est que vous aimez écouter le plus pendant que vous êtes sur la route?
Erik: J’écoute des podcasts sans arrêt.
Sonny: J’écoute beaucoup de podcasts aussi. J’écoute la musique plus à la maison alors que sur la route je n’écoute que des podcasts. Si ma blonde et moi préparons un repas, on va écouter Bob Marley. Sinon, sur la route, je n’écoute plus de musique.
Avez-vous des podcasts préférés?
Erik: Mike Ward Sous Écoute, What’s Up Podcast, et Couple Ouvert.
Sonny: J’écoute soit des podcasts scientifiques comme, Poussière d’étoile, qui sont liés à l’astronomie, parce que je suis un grand fan de l’astronomie, ou j’écoute Ça rentre au poste sous forme d’un podcast. C’est une émission de radio à Énergie.
Quelle est la ville ou l’endroit au Québec qui vous a le plus inspirée?
Erik: Les Îles-de-la-Madeleine.
Sonny: Oui, les Îles-de-la-Madeleine, c’est fascinant! Cependant, si on parle de la salle de spectacle la plus cool au Québec, c’est la salle Odyssée à Gatineau. Le public à Québec est un public très généreux aussi. Je ne dis pas ça parce qu’on joue ici ce soir. On vient régulièrement, que ce soit un show acoustique ou full band. Donc, Gatineau, Québec, et le Saguenay-Lac-Saint-Jean est le fun aussi.
Selon vous, quelle est la ville ou l’endroit au Québec qui est peut-être assez inconnu ou mal compris qui mérite plus de reconnaissance?
Sonny: Si tu me demandes mon endroit préféré, je dirais les Îles-de-la-Madeleine mais ils ne manquent pas de reconnaissance!
Erik: C’est une bonne question. Je ne sais pas pantoute pour de vrai parce que toutes les régions auxquelles je pense sont bien connues!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre et vit maintenant à Québec. Elle est francophone dans l’âme et aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Crédit Photo: Kim Gaudreau
