Au Théâtre Jean-Duceppe, Tupqan : nos territoires intérieurs s’ouvre comme un rêve dont on ne saisit pas encore les contours. Dans un décor onirique, les personnages se révèlent peu à peu au public, qui se laisse séduire par une intrigue lentement dévoilée. Présentée du 4 mars au 4 avril 2026, cette œuvre collective met en lumière la richesse des langues et des cultures autochtones.
Une quête de sens
Trente ans après le vol d’un wampum (une ceinture perlée sacrée, symbole de cohésion), la petite communauté fictive de Whitefish se retrouve divisée par des luttes de pouvoir. Polam Nicolas (Étienne Thibeault) est entraîné dans cette crise lorsqu’il accepte de se présenter à la chefferie du conseil de bande et entreprend de retrouver l’objet disparu. Cette quête prend une dimension qui lui est inattendue lorsque le wampum lui apparaît en rêve, révélant un lien profond avec son histoire familiale et spirituelle.
La mise en scène cultive habilement cette zone floue entre rêve et réalité. L’atmosphère musicale enveloppante et les monologues empreints de poésie invitent le public à ralentir, à prendre le temps de comprendre et de ressentir ce qui les traverse.
Les personnages autochtones se meuvent parfois à l’unisson, chacun dans son espace. Rebecca (Inès Talbi), la meilleure amie de Polam, est le seul personnage allochtone. Son entrée interrompt à plusieurs reprises des moments de connexion spirituelle entre les autres, sans qu’elle s’en rende compte. Sa présence introduit des changements de rythme intéressants et parfois comiques. Son regard extérieur contraste avec celui de ses ami·es et contribue à rendre d’autant plus saillantes les réalités autochtones multiples qui traversent l’œuvre.


Des réalités qui s’entrecroisent
Au-delà de son intrigue, Tupqan : nos territoires intérieurs rappelle également que les réalités autochtones ne forment pas un ensemble homogène. À travers les langues, les visions du monde et les expériences qui se croisent sur scène, la pièce laisse entrevoir une pluralité de perspectives et d’histoires. En proposant un récit ancré à la fois dans la mémoire, la spiritualité et les enjeux contemporains, l’œuvre participe à élargir l’espace de représentation des réalités autochtones au théâtre.
Au final, Tupqan : nos territoires intérieurs est une œuvre profondément poétique et touchante. Entre quête politique, exploration spirituelle et rêve éveillé, la pièce propose une rencontre sensible avec des imaginaires et des réalités autochtones diverses.



Gabrielle Johnson | Journaliste
Depuis toute petite, Gabrielle sait qu’elle souhaite écrire. Elle s’intéresse particulièrement à la critique de pièces de théâtre, un médium qui fait fortement résonner sa sensibilité artistique. Sa passion pour les mots et son intérêt marqué pour les arts de la scène nourrissent une écriture attentive aux voix et aux enjeux humains portés par le théâtre.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Danny Taillon
