La pièce de théâtre Peau d’âne est présentée au Théâtre Denise-Pelletier du 25 septembre au 19 octobre 2024. Le texte est inspiré du conte de Charles Perrault et il a été écrit par Félix-Antoine Boutin et Sophie Cadieux.
Peau d’âne est souvent vu comme un conte pour enfants, mais il est, en fait, un drame pour adulte qui suscite de nombreux soupirs et souvent des frissons. Sachons que Charles Perrault (1628 – 1703) est un contemporain de Jean de La Fontaine connu pour ses fables animalières et aussi ses contes libertins qui ont fait scandale sous le règne du Roi de France Louis XIV. On est en plein siècle des Lumières… et Perreault en demeure l’un des auteurs les plus connus ayant inspiré au fil des siècles de nombreuses interprétations. Pensons à La belle au bois dormant, Cendrillon, Le chat botté, Le petit Poucet, Barbe-bleue, Le Petit chaperon rouge, et j’en passe!



Les contes de fées sont une manière d’atteindre les couches obscures de l’inconscient. On peut sourire, mais des craintes existentielles subsistent. La pièce Peau d’âne, revisitée par Félix-Antoine Boutin et Sophie Cadieux qui y tient avec conviction le rôle de l’attachante jeune princesse, cristalline et ingénue, invite à une réflexion sur des sujets graves et toujours pertinents: le rapport à la beauté, au désir, à la jeunesse du corps, au pouvoir de domination, au rôle social de la Femme et aux interdits de l’inceste. Que pensez-vous de la relation nourricière avec les animaux? Cette gentille ânesse qui enrichit le royaume, car elle donne quotidiennement des pièces d’or dans sa litière… au lieu du crottin!
Au cœur d’un royaume paisible et riche, un couple royal vit heureux, mais la reine tombe soudainement malade. En mourant, puisqu’elle n’a pas eu d’héritier mâle, la reine demande à son époux de se remarier seulement avec une femme aussi belle et aussi bien faite qu’elle-même! Une manière de le coincer au-delà de son trépas! Et voilà que le roi regarde bientôt sa propre fille avec des yeux concupiscents et la demande en mariage. Il s’enflamme de désir en rêvant de sa « petite peau » d’enfant comme celle d’une maîtresse. Comment s’en sortir ? Sa marraine, la Fée des Lilas, lui conseille de mettre des conditions impossibles comme demander des robes couleur du temps, de lune et du soleil. Le roi nanti des écus fournis par l’ânesse fait que la princesse obtient toutes ces parures coûteuses. Effrayée par le désir pressant et incestueux de son père, sur le conseil de sa marraine, la princesse demande alors à son père comme ultime sacrifice de tuer l’âne bienfaiteur pour se vêtir de sa peau; elle pourra ainsi s’enfuir pour vivre sa vie et conserver son intégrité. Ainsi va le passage de l’enfance à l’âge adulte et nécessairement le détachement envers le parent. Il reste à savoir si l’amour et le mariage dans sa nouvelle vie en camouflage pourront se conjuguer.



Brillant à souhait, Éric Bernier y tient tous les autres rôles avec des costumes farfelus, d’abord reine puis marraine, tantôt roi ensuite, prince cherchant princesse, sa voix distincte et sa présence sont impressionnantes. Ajoutons qu’il est parfaitement à l’aise dans la pantomime qui soutient parfois les enchaînements. Le texte réécrit est parfois long et peut prêter à confusion surtout lors des changements impromptus de personnages…
Les éléments clés du drame familial se disposent dans un décor inventé assez complexe et des costumes scintillants d’Elen Ewing. La musique d’Antoine Bédard et les éclairages de Julie Basse appuient avec efficacité la scénographie de Max-Otto Fauteux. On sursaute parfois, car les questions dramatiques à résoudre seront difficiles! Jusqu’au 19 octobre au Théâtre Denise-Pelletier.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Victor Diaz Lamich
