La pièce de théâtre Paul à la maison, adaptée du texte de Michel Rabagliati, est présentée chez Duceppe jusqu’au 22 juin 2025.
Depuis 1999, le bédéiste Michel Rabagliati a créé une série d’histoires sur un certain Paul, sorte de double de lui-même. Paul est tantôt à Québec, ensuite à la campagne, dans le métro, il va à la pêche, au parc ou dans le Nord. Des aventures qui nous sont familières. Chacun des volets comporte des tranches de vie aromatisées avec soin pour retracer des événements tendres et les émotions qui traversent la vraie vie. Or, Paul à la maison est la plus autobiographique de ses œuvres. Et aussi la plus mélancolique : le départ des proches et le nouveau vide dans la vie nord-américaine d’un mâle quinquagénaire seul.



L’adaptation du texte de la BD par Anne-Marie Olivier, la mise en scène de Lorraine Côté et la scénographie de Christian Fontaine contribuent à l’édifice théâtral. Les fonds de scène utilisés sont des planches de BD projetées sur écran. Un peu de fantaisie au propos un peu tristounet. Les promenades en auto sont crédibles alors qu’elles sont jouées derrière un carton de dessin comportant un large trou en forme de pare-brise. En voiture !
Hugues Frenette joue un Paul déboussolé, qui tourne un peu en rond, déçu de sa propre vie. L’énergique Odile Gagné-Roy incarne sa fille, qui partira à l’aventure à Londres. Marie-Ginette Guay, sensible dans le rôle de la mère, pas heureuse d’être vieillissante. Les personnages sont calqués sur la famille de l’anti-héros. À noter : le chien Biscuit, fidèle compagnon, marionnette en peluche actionnée par les mains habiles d’Étienne d’Anjou.


Se côtoient ici douceur et amertume, car il s’agit d’une forme de chronique de la vie “normale”, pas si organisée pour les mâles esseulés. La mélancolie est lourde à porter après la séparation de son couple, le départ de sa fille qui quitte le nid, le dernier tour de piste de sa mère jadis flamboyante, devenue aigre devant la mort inévitable qui l’attend. Bref, le normal et le triste cohabitent. Paul ira même sur des sites de rencontres pour refaire sa vie : les poupounes de 50 ans sont voraces, et les résultats décevants ! La bonne surprise sera le regain du printemps fleuri en finale. On souhaite donc que Paul reprenne goût à l’aventure de sa vie nouvelle.



Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Stéphane Bourgeois
