Miro lance XX, son plus récent album, le 27 février dernier à l’ESCO bar de Montréal. Dans une ambiance musicale à la fois complexe, aérienne, mais aussi accessible et authentique. Sa musique ne semble jamais cesser de sonner de plus en plus vraie et proche de lui.
Dans des sonorités pop, alternative, jazz et hip-hop, Miro ne cesse de se définir dans son art. On sent qu’enfin, il déconstruit l’artiste qu’il est pour ne laisser paraître que l’essentiel, sans flafla : le musicien, le compositeur et l’humain — j’irais même jusqu’à dire l’enfant/adulte, l’instinctif.
On « s’en tomber la tempête », une chanson dans laquelle on a envie de plonger musicalement, et c’est exactement cette unicité qui donne à l’artiste un « je-ne-sais-quoi » — chanson de son album dans laquelle il avoue aller puiser au fond de lui afin de créer.
« Je me suis dit que pour cet album-là, ce serait un album de maquettes. Qu’on allait prendre le noyau créatif qui vient en 15 minutes et broder autour, au lieu d’essayer de tout refaire au propre. S’il y a bien une chanson qui s’est faite comme ça, c’est MERDE. »
« Vous savez, je viens juste d’avoir 33 ans et je dirais qu’il n’y a rien qui a vraiment changé entre moi ado et moi adulte. Beaucoup de gens m’ont fait remarquer que je parle de drogues et de filles dans mes chansons. Je dois encore être dans ma crise d’adolescence et vous en serez témoins. La seule différence maintenant, c’est que j’ai vraiment mal au dos pour aucune raison et que je prends des multivitamines avec conviction. »
« J’ai toujours fait de la musique pour moi, mais avant, c’était plus axé sur le résultat… en faire pour les labels, nos fans et les radios, pour faire des hits. Mais pour l’album Géant, je faisais tellement confiance à mon band et à leurs idées que je voulais absolument leur plaire. Je les trouvais tellement cool. C’était une question de cohésion et de création à plusieurs.
Là, je sens vraiment que c’est un album plus basé sur mes idées originales et mes maquettes. L’instinct créatif premier se perd parfois quand on met les choses trop au propre et qu’on veut des versions finalisées et produites. J’ai toujours aimé l’expérience de la production, mais avec le temps, une frustration est venue : celle de ne pas retrouver le côté brut et inachevé des maquettes/démos dans les versions finales.
J’ai des idées créatives que j’enregistre rapidement et spontanément, qui me plaisent souvent plus que le résultat final mixé et masterisé que tout le monde écoute à la radio. Je voulais garder ce côté-là, qui est pour moi l’essence même de qui je suis comme artiste. J’adore produire, je tripe là-dessus. J’adore aussi enregistrer la musique et les instruments. L’expérimentation sonore, c’est là que je me laisse aller. »
Qu’est-ce qui a évolué depuis le dernier album ?
« Je n’aime pas trop être en mode performance et spectacle. Pour le dernier album, j’avais fait un spectacle plus gros au Club Soda, mais celui-ci est plus intime et à mon image. Le côté performatif du milieu culturel, je trouve ça difficile et ça me ressemble moins.
Je vais profiter de ce lancement, mais je ne saurais dire quand sera le prochain. J’ai un désir d’être proche de mon instinct et de composer aussi pour d’autres artistes. De projet en projet, c’est comme renaître et recommencer à zéro.
XX, c’est un album plus salaud et moins poli, qui se rapproche davantage de moi. Je suis plus libre dans ma création — une liberté totale. Je suis vraiment un créatif. Je sens que j’ai fait un pas de l’avant vers qui je veux devenir. Je ne pense pas être un performer, je suis un créatif.
Je me sentirais castré — ou comme si on m’enlevait ma drogue — si on me disait que je ne pouvais plus jamais faire de studio ou créer de la musique. Mais je serais zéro stressé de ne plus jamais faire de scène. Ça impliquerait simplement que je me trouve une autre raison de vivre un peu. »
Comment ton entourage a-t-il réagi à l’album ?
« Très bien. Il y a même des gens qui m’ont suivi il y a dix ans dans d’autres projets, qui m’ont perdu de vue, et qui reviennent maintenant après quatre albums. Ils s’identifient davantage à ce que je fais aujourd’hui, comme si ça collait plus énergétiquement à l’essence que j’avais à mes débuts. »
Quelle est la chanson de l’album la plus près de ton énergie actuelle et qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
« Je dirais La Manière, tout simplement parce que j’aime la production, qui est plus laid-back — autrement dit, plus décontractée et posée dans la musicalité et la mélodie.
J’entends la voix comme un instrument. Ce n’est pas tant une question de ce que je dis, mais plutôt du côté instrumentation, qui n’est pas pop radio. C’est vraiment ma préférée.
J’aimerais que les gens écoutent l’album afin de capter la liberté que je me suis donnée pour le faire. J’ai aussi l’impression qu’il se rapproche davantage de la musique anglophone que j’écoute, pas nécessairement d’un ADN francophone ou québécois plus classique — même si ce n’était pas voulu.
J’aimerais que les gens qui écoutent moins de musique franco, ou pas du tout, soient curieux et aient du plaisir à s’attacher à ma musique et à tripper sur mes sonorités. Les sons ont une manière différente de voyager. »
Avec l’expérience que tu as acquise avec tes spectacles à l’international et dans les grandes salles, comment te sens-tu à l’idée de faire ton lancement à l’ESCO ?
« C’est exactement ce que je voulais : offrir un show en formule cabaret. J’ai moins besoin de jouer avec l’espace. Je me préfère dans ma bulle, entouré de mes musiciens, dans une formule plus intime que dans un gros show.
Je me sens plus moi-même et je voulais aller vers l’anti-branding et l’anti-star. Je ne veux pas jouer la star. Moi, c’est ma chemise que je mets tout le temps, je prends ma guitare et je reste humble, sans gros kit de scène, tout en m’amusant simplement.
Le côté performance, c’était davantage une question de faire confiance aux autres autour de moi pour me définir visuellement sur scène. Mais là, j’ai envie qu’on écoute simplement la musique et qu’on voie le plaisir que j’ai à jouer avec mes musiciens, avec qui j’ai une complicité incroyable.
Avec mon metteur en scène David, on a décidé d’y aller plus intimiste. C’est la première fois qu’on fait ce show-là, alors je suis un peu stressé, mais ça fait partie du métier. Il faut casser la glace. J’ai vraiment hâte.
À l’âge que j’ai rendu (33 ans), j’aimerais réduire le côté performance et laisser ça à des gens qui aiment plus ça que moi, et devenir réalisateur pour d’autres artistes, qui eux iront performer. »
C’est définitivement un album qui marque la carrière de l’artiste et le moment où il est rendu. Quelques spectacles sont aussi à venir, alors il faut saisir la chance de le voir sur scène avant, peut-être, une petite pause.
En ce qui a trait à XX, c’est un parfait mélange de pop, de jazz, de franco et même d’un peu de hip-hop, un album qui fait chanter la foule en chœur, planer et surtout se sentir en totale liberté. Que ce soit en conduisant les fenêtres baissées, en faisant son ménage de printemps ou en discutant avec des amis autour d’un verre, c’est l’album parfait pour ceux qui apprécient une musique complexe, recherchée et à la fois facile à écouter. Un album qui donne envie de prendre une pause, de se donner le droit de relaxer et d’être soi-même.
SET LIST
Beau Dimanche
Qu’est-ce que je viens faire ici ?
Encore une nuit
Miley
Rien devant moi
En retard
Backdoor
Je ne sais quoi
Merde
Interlude
Manière
Blue
Disparaître
Quitter la ville
L’évidence
Someone on My Mind
Piège
Reverse Uno
Fauves































Audrey-Anne Séguin | Journaliste

