Avec Michelines, Michel-Maxime Legault poursuit son exploration de ses origines et rend hommage aux femmes qui ont marqué sa vie. Présentée chez Duceppe jusqu’au 2 octobre 2026, la pièce reviendra en supplémentaires du 12 au 20 mai 2027 à la Cinquième Salle de la Place des Arts.
De Michelin à Michelines
Dans Michelin, Michel-Maxime Legault nous avait parlé de ses origines, de son prénom, de sa difficulté d’adaptation à l’abattage des animaux de la ferme de ses parents à Saint-Polycarpe, mais aussi de sa solitude émotionnelle comme jeune homme gai en région. Heureusement, l’amour de ses parents a toujours compensé ses peurs et ses doutes devant l’inconfort social et culturel.
Il est bien conscient de sa différence, qui pourrait représenter une menace à l’équilibre d’un adolescent homosexuel en quête d’appartenance. Il trouve pourtant un réconfort en étant proche de femmes généreuses ou exubérantes, si faciles à admirer et à aimer. L’éternel féminin le fascine aussi, peut-être pour justifier sa propre sensibilité, son côté délicat, attiré par les beaux tissus, la coiffure, le maquillage et les arts décoratifs, qui sait…


Deux Micheline au cœur du récit
Cette fois, avec Michelines, notre joyeux personnage, incarné par l’auteur, nous parle de sa fascination pour les femmes qu’il aime et admire, chacune pour des raisons profondes, mais tellement différentes !
Sa mère, bien sûr, mais aussi sa tante, la sœur de son père Yvon, incarnée à merveille par la voluptueuse Frédérike Bédard. Toutes deux sont prénommées Micheline, un prénom bien français, mais devenu moins à la mode dans la psyché québécoise.
Ce prénom réfère, selon lui, à une époque de boomers du milieu du siècle, alors que le yéyé dominait les palmarès et que les cuisines dites modernes arboraient des comptoirs en « arborite », si faciles à nettoyer. Les découvertes scientifiques, la pilule et, en somme, l’émancipation sexuelle et sociale sont à la portée des femmes de cette génération. Il faudra attendre encore un peu pour les gais.


Une nostalgie assumée
On constate que, comme plusieurs de nos jours, l’auteur vénère un peu cette époque et ses vedettes aux cheveux brillants, sans aucune crainte d’être démodé. Il adore le kitsch et s’y vautre avec délice.
Il est nostalgique de l’odeur du bon pain, des cheveux auburn et des sourcils dessinés de ses Micheline préférées. Il manifeste aussi fortement le syndrome du palindrome : il aime ressasser les mots qui s’épellent à l’envers et gardent leur sens.
À quoi cela est-il dû ? Simple lubie ou plaisir des jeux de mots ? On y fait abondamment référence, toujours avec cet œil espiègle. Surtout que la tante Micheline habite et adore LAVAL, qui porte l’avenir, dit-on.
Deux femmes, deux façons de vivre
Sa mère a sept enfants et demeure constamment attachée au réel. Elle conseille à tous : « Prends sur toi ! », voulant ainsi dire : lâche les niaiseries, arrête de te plaindre ou d’avoir peur et reviens à ce qui est IMPORTANT, à la simplicité du quotidien essentiel.
La sœur de son père, également prénommée Micheline, est quant à elle mariée à un docteur et n’a qu’une fille. Elle a donc de l’argent, des loisirs et des passe-temps qui vont du magasinage au centre d’achats au karaoké.
La musique forte, le rock, ancêtre du disco, et la danse en solo devenue expression corporelle déferlent sur un Québec qui rêve de s’émanciper, surtout à une époque où les femmes ont encore des territoires de liberté et d’égalité à conquérir.
La tante Micheline, exubérante par nature, dynamise les partys du jour de l’An et se déhanche bien en vue, en quête de regards et d’admiration. Or, le soupir intérieur qui la propulse à se déguiser en moustachu un soir d’Halloween contient une surprise qui ne saurait être dévoilée ici !
Il faut voir et entendre Frédérike Bédard en Micheline prendre la route vers son destin, qui restera gravé dans la mémoire de son neveu…


Une mise en scène qui soutient les souvenirs
Soulignons les éclairages de Keven Dubois, qui découpent habilement les scènes, ainsi que les costumes « de ma tante » de Virginie Leclerc, qui transforment les personnages.
La mise en scène précise de Marie-Hélène Gendreau soutient le texte, tout comme les vidéos surprenantes d’Eliot Laprise. Les photos originales de la famille Legault donnent également tout leur sens à cette épopée intime.
Michelines est présenté chez Duceppe jusqu’au 2 octobre 2026. Le spectacle sera également présenté en supplémentaires du 12 au 20 mai 2027 à la Cinquième Salle de la Place des Arts, avec une mise en vente dès le 11 septembre 2026.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Dany Taillon
