À quelques jours de leur passage dans la métropole, Mike Ayley du groupe canadien Marianas Trench a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions à propos du nouvel album ainsi que de la tournée qui s’arrêtera au MTelus le 20 novembre prochain.
Ce que j’ai toujours aimé de Marianas Trench, c’est lorsqu’on écoute votre album, il y a toujours une certaine continuité lorsqu’on les écoute en ordre. D’où est venue votre envie de vouloir faire ça?
Sais-tu d’où c’est parti? Je me rappelle que pour l’album Ever After, bien avant qu’on enregistre, Josh avait cette idée d’avoir un album qui n’était qu’une longue pièce du début jusqu’à la fin. Lorsque tu écoutes l’album, il n’y a aucun moment où il n’y a pas de musique. Il était convaincu que ce serait possible, mais je me rappelle à quel point il avait de la pression sur ses épaules. Mais tu sais quoi? Nous l’avons fait! Et pendant le processus, nous avons réalisé à quel point ces transitions peuvent avoir vraiment un impact. Par exemple, dans l’album Astoria en particulier, tu te sens amener de l’acte 1 à l’acte 2 grâce aux transitions de l’histoire. On sent vraiment le changement d’émotions. Par exemple, il y a un set up vraiment intéressant qui commence avec From Death of Me et qui nous amène à the Killing Kind. Je pense que cette façon de faire est seulement un autre outil que tu peux utiliser pour améliorer l’expérience d’écoute. C’est sûr que tu ne le ressens pas si tu écoutes un single, puis un autre. C’est vraiment une expérience que seul l’album en continu peut te faire vivre, et c’est définitivement très cool parce que cela t’immerge dans l’univers de l’album.
Et vous avez un nouvel album qui s’appelle Haven. Comment s’est passée la création pour vous?
Je te dirais que ça s’est bien passé! Cet album était un ambitieux concept basé sur le livre de Joseph Campbell, Hero With a Thousand Face, qui est en fait une étude sur un voyage d’un héros. Ce qu’il a fait c’est de retourner dans les plus impressionnantes histoires des années 40. Si tu simplifies chaque section, tu vois une similitude dans sa structure. Donc Josh a eu l’envie de reprendre cette idée et d’en faire un concept d’album. Personnellement, je trouve que le concept est cool. Joseph Campbell avait 12 ou 13 intrigues selon la version du livre que tu as. Josh s’est dit que 12 ou 15 chansons sonneraient comme le parfait album. Il nous a dit : « Les gars, laissez-moi voir ce que je peux faire avec ça. »
Le travail d’analyse et de création de Josh a donné à l’album l’impression d’être plus une expérience cinématographique, à mon avis, qu’une simple séance d’écoute. Tu te sens comme un monde tridimensionnel même si ce n’est que de la musique. Tu entres vraiment dans l’univers. Et lorsqu’on l’a enregistré en studio, il y avait beaucoup de symphonies. La symphonie est vraiment un élément qu’on utilise depuis le tout premier album, mais on l’utilise davantage avec les années parce qu’on trouve ça trop cool. Je trouve que c’est une méthode qui ajoute quelque chose d’intéressant et qui ne fait pas dire qu’on est seulement un groupe parmi tant d’autres. Et puis pour les parties d’enregistrement au clavier, on utilise des claviers numériques ou analogiques au lieu de matériel numérique. Cela ajoute une sorte de chaleur et de richesse supplémentaire et un peu d’originalité parce que beaucoup de ces machines sont un peu capricieuses. C’est un peu comme si on obtenait le son parfait une fois et qu’on ne l’obtenait jamais tout à fait pareil ensuite. C’est donc plutôt chouette d’avoir un peu plus d’empreintes sur la chanson.
Et quel a été ton rôle dans le processus de création?
En toute franchise, c’est vraiment Josh, le créateur. Les idées viennent vraiment de lui. Où l’on intervient, c’est vraiment au niveau sonore. Il va penser à quelques parties en disant : « Ça pourrait sonner comme ceci ou cela. » ou « Qu’est-ce que tu préfères entre cette mélodie ou celle-là? » Parfois, on peut passer des jours à être assis pendant des heures à essayer de trouver le bon son. Je me rappelle qu’on travaillait sur une chanson et Matt a proposé à Josh des arrangements. On travaillait sur la chanson d’introduction et après tous ces arrangements, Josh a voulu inverser le début avec la fin et c’est l’une des meilleures idées qui a été submergée dans notre travail. Jusqu’à tout récemment, j’avais oublié cette histoire. Josh m’a rappelé cela lorsqu’il l’a raconté durant un Q&A lors de l’un de nos VIP.
Mais je reviens à ta question. La création provient presque exclusivement du cerveau de Josh. Parfois, il est juste « le groupe ». En tant que membres du groupe, notre travail est d’être solidaires et patients pendant qu’il essaie de faire passer l’idée de sa tête à l’atelier d’enregistrement. Et nous, on le suit là-dedans.
Je reviens sur quelque chose dont m’as dit précédemment. Tu dis que c’est votre album le plus ambitieux en carrière. Pourquoi?
Cela l’est définitivement. Je pense qu’au début, ce n’était pas le cas avec Hero’s Journey. On avait les yeux plus gros que le ventre, ou presque, parce qu’à la moitié, on n’y croyait plus, mais c’est lorsqu’on a trouvé l’ordre de l’intrigue, qu’on a commencé à avoir une idée de ce qu’on va faire. Donc, ça facilite un peu les choses quand on enregistre. Et puis, on commence à écrire certaines chansons et on doit commencer à les modifier pour qu’elles correspondent non seulement aux points de l’intrigue, mais aussi au flux de l’album. Et on se dit : « Comment faire un album qui se suffit à lui-même? Comment faire des chansons qui se suffisent à elles-mêmes? Et comment essayer d’avoir l’arc qui suit le voyage de ce héros? » Il y avait donc beaucoup de facteurs qu’on devait tenir en compte. En plus, Josh a ajouté de la symphonie pour ajouter de la profondeur aux chansons. Ça l’air de rien, mais c’est un défi de le chanter et de le jouer. C’est ce qui a de plus difficile à chanter à mon avis.
Et c’est difficile pas seulement pour Josh, mais pour nous aussi lorsqu’on fait des harmonies. Et plus, nous devons le reproduire sur la scène. Nous nous sommes rencontrés pour voir qui allait chanter quelle partie et je me rappelle d’être retourné à la maison et que j’ai dit : « Je pense sincèrement que je ne serai pas capable de chanter cela. C’est beaucoup trop haut pour moi. » En pratiquant, je peux te dire que je peux le faire finalement. Évidemment, si j’ai une journée difficile et que ma voix est fatiguée, je vais peut-être manquer cette partie-là pendant le spectacle. Heureusement, c’est la dernière chanson du set. Alors, je donne tout ce que je peux parce qu’après cette chanson, c’est terminé. C’est un beau défi pour moi.
Vous êtes finalement sur la route après cinq ans d’absence, comment se passe la réunion avec les fans?
Honnêtement, c’est super! Ça fait du bien d’être de retour. Ce qui me surprend le plus, c’est qu’on a dû annuler cinq spectacles aux États-Unis parce que Josh était malade au tout début de la tournée. Notre retour a dû être repoussé et j’ai l’impression qu’on ne verrait jamais le bout. J’avais hâte de remonter sur scène! Mais lorsqu’on a fait notre premier spectacle, puis notre deuxième… Josh se remettait tranquillement. Et le troisième spectacle, on était officiellement revenu sur les rails! Je me souviens de notre spectacle à Atlanta. Nous avons joué devant la plus grosse foule de notre vie là-bas. J’étais tellement reconnaissant. Je pense que si j’avais à résumer notre tournée, c’est juste du gros bonheur. Tout le monde est heureux et reconnaissant. Ça fait du bien d’être de retour!
Avez-vous remarqué si c’étaient de nouveaux fans qui se trouvent dans vos salles ou ce sont plutôt les fans de la première heure?
Josh demande toujours à la foule si c’est leur premier spectacle de Marianas Trench. C’est fou à quel point il y a beaucoup de gens qui nous ont déjà vu en spectacle. Et on a des salles toujours de plus en plus grosses. Mais c’est aussi le fun de voir que plusieurs nous découvrent tout juste! Ce qui est vraiment encourageant c’est que tu sois fidèle ou nouvellement dans la famille, les gens chantent autant nos classiques que nos nouvelles chansons. C’est beau à voir!
À quoi peut-on s’attendre du spectacle que vous allez venir présenter à Montréal mercredi?
C’est vraiment cool comme spectacle. C’est vraiment différent de ce qu’on a l’habitude de présenter. Ça ressemble plus à une pièce de théâtre qu’à un spectacle. Comme l’album, tu vis une expérience tridimensionnelle. On va jouer de vieilles chansons autant que de nouvelles chansons. On en joue le plus qu’on peut. Même le look du spectacle est différent de ce qu’on a fait avant.
Marianas Trench sera de retour à Montréal le 20 novembre prochain dans le cadre de la tournée The Force of Nature.

Collaboratrice spéciale (Journaliste)
Marie Eve Archambault

Photos : Courtoisie
Crédit Photo : Visuel de leur nouvel album
