À la TOHU, jusqu’au 8 juin 2025, la salle circulaire accueille L’antre d’eux, spectacle de fin d’études de la cohorte 2025 de l’École nationale de cirque de Montréal (ENC). Dans une mise en scène sobre, mais intelligente, qui place le public de part et d’autre d’une scène centrale, les finissants livrent une performance éclatante, véritable déclaration d’intention : le cirque de demain s’annonce riche, audacieux et d’une grande maîtrise artistique.
Dès les premiers instants, la force du collectif s’impose. Multipliant les tableaux d’ensemble aux compositions ciselées, les artistes investissent l’espace avec une aisance et une rigueur impressionnantes. L’esthétique visuelle, renforcée par des costumes dans des tons pastel ou des motifs évoquant le camouflage, offre une unité graphique qui n’écrase jamais l’individualité des performances. Au contraire, elle souligne l’harmonie du groupe tout en laissant briller chaque interprète.









La richesse disciplinaire du spectacle est éblouissante : roue allemande, corde volante, cerceaux aériens, diabolo, planche coréenne, suspension capillaire, fil de fer, mât chinois, roue Cyr, trapèze ballant… la liste est longue et la qualité au rendez-vous! Chaque agrès est investi avec personnalité, et certaines formations rares méritent une mention spéciale. Pensons aux cinq cordes lisses où les acrobates chutent à l’unisson dans un ballet hypnotisant, au magnifique trio de sanglistes, chacun apportant sa touche personnelle ou à ce trio aérien saisissant qui marie cerceau, hamac et suspension capillaire dans une séquence d’une poésie vertigineuse, véritable coup de cœur du spectacle. Le corps devient alors chaîne, ancrage, envol.
Le spectacle ne se prive pas pour autant d’instants plus intimistes. Plusieurs numéros en solo ou en duo permettent aux spectateurs de découvrir l’étendue des talents individuels : un jongleur de diabolo à la fluidité surnaturelle, un duo d’équilibristes suspendant le temps avec un contrôle extraordinaire, un duo de mât chinois énergique, un fil-de-fériste à l’équilibre millimétré ou encore un duo de planche coréenne mêlant humour, complicité et acrobaties hallucinantes. L’ensemble se conclut dans une séquence finale pleine de surprises, où le spectaculaire et l’ingéniosité se conjuguent une dernière fois.








La bande sonore, oscillant entre l’inquiétant et l’électro lancinante, installe une tension dramatique donnant un ton grave à ceux qui défient pourtant si habilement la gravité. À noter également, quelques interventions musicales et chansons en direct, dont un superbe passage au violon, rappellent que l’ENC forme des artistes complets, capables de conjuguer disciplines avec talent.
Petit conseil aux futurs spectateurs : pour embrasser toute l’ampleur des numéros, notamment aériens, mieux vaut prendre un peu de recul dans la salle plutôt que de s’installer au premier rang. L’effet d’ensemble y gagne en lisibilité et en magie.









Enfin, ne manquez pas Préambule, présenté gratuitement 30 minutes avant le spectacle dans le hall de la TOHU par les étudiants de première année.





Cette courte création de 20 minutes permet à la future relève de dévoiler, déjà, de belles promesses.





Avec L’antre d’eux, l’École nationale de cirque signe une nouvelle fois une vitrine éclatante de sa pédagogie et de sa capacité à faire éclore des artistes complets, audacieux et généreux. Un spectacle à ne pas manquer pour quiconque s’intéresse de près ou de loin à l’avenir du cirque contemporain.

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
