Jusqu’au 7 octobre, le Théâtre Prospero présente Koulounisation. Ce spectacle écrit, mis en scène et joué par Salim Djaferi se penche sur les traces laissées par la colonisation de l’Algérie par la France. Cette pièce à la fois physique, ludique et instructive amène le spectateur à réfléchir sur l’impact du choix des mots pour décrire une réalité.
Comment dit-on “colonisation” en arabe?
C’est la question que Salim pose aux membres de sa famille et qui entame sa réflexion. On lui répond « koulounisation », un mot emprunté au français. Insatisfait de cette réponse, il décide de poursuivre ses recherches en se rendant en Algérie. Sa quête le mène aussi dans une librairie arabophone pour s’informer de l’existence de bouquins portant sur la « guerre d’Algérie ». N’en trouvant pas, il s’adresse au libraire qui lui dit qu’ils sont plutôt classés sous « révolution ». Ainsi conscientisé sur l’importance des mots, il se lance dans une enquête sémantique.
Un mot : quatre traductions
Au fil de ses rencontres, il apprend qu’en plus de « koulounisation », trois autres termes sont utilisés pour traduire « colonisation » en arabe. Bien qu’ils soient tous synonymes, chacun d’eux est porteur d’un sens empreint de l’expérience de celui qui l’emploie. À l’aide d’objets aussi insolites que des éponges, une bouteille d’eau et des feuilles de styromousse, Salim s’emploie à illustrer chacune de ces significations.
Ce qui se cache derrière un nom
À travers sa propre histoire familiale, il met en lumière des pans de l’histoire avec un grand H. À l’aide de documents appartenant à son grand-père, il démontre comment la colonisation a contribué à effacer l’identité d’un peuple.
Son aïeul qui s’appelait au départ Ahmed Ould Ahmed Ould Ahmed Ould Ahmed (Ahmed fils d’Ahmed fils d’Ahmed fils d’Ahmed) est devenu Ahmed Djellal. On lui a donné le nom de sa ville d’origine comme patronyme et en cours de route celui‑ci a été francisé. Il donne aussi l’exemple de sa mère d’abord Française (Fatima Djellal), qui est devenue Algérienne (Mylène Djellal) après la décolonisation. Elle est ensuite redevenue Française (Mylène Castel) pour entre autres augmenter son employabilité.
Chercher des réponses
Koulounisation est un spectacle critique sans être moralisateur. Les observations de l’auteur sont apportées de façon ludique. Le jeu à la fois physique et sensible de Salim capte rapidement l’attention des spectateurs et la conserve tout au long de la représentation.
Plusieurs des questions lancées pendant la soirée demeureront sans réponse. Il s’agit toutefois d’un bon catalyseur pour amorcer une réflexion sur les conséquences de la colonisation, tant à l’échelle locale que mondiale.
Koulounisation
Une création de Salim Djaferi, hébergé par Habemus papam
Texte, mise en scène et interprétation : Salim Djaferi
Texte : Nancie Boulay
Crédit photo : Thomas Jean Henri
