Jusqu’au 17 février, le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui présente Judy de Gabrielle Lessard. Inspirée par l’artiste féministe Judy Chicago, cette audacieuse création met en scène son œuvre comme accélérateur de changement.
Judy Chicago, née Judy Cohen, est une figure marquante de l’art et du féminisme. Ses écrits ont eu un grand impact sur Gabrielle Lessard.
Cette expérience, elle l’a transposée dans sa pièce Judy.
Au cœur de l’histoire se trouvent six personnages aux prises avec les défis du monde contemporain dont la vie prendra un tournant radical au contact de l’œuvre révolutionnaire de Judy Chicago, artiste visuelle.
Une mise en scène audacieuse
Dans le mot de l’autrice publié sur la page du théâtre, elle mentionne ne pas avoir souvenir du moment où elle a décidé de se procurer les autobiographies de Judy Chicago, qu’ils ont atterris dans sa boîte aux lettres un bon matin.
La pièce débute de la même façon.
La scène est complètement vide, à l’exception du livre de l’artiste posé par terre.
Parlons d’ailleurs de la scénographie inventive d’Étienne René-Contant qui ne doit absolument pas être passée sous silence.
À l’instar du combat intérieur vécu par les personnages, beaucoup de choses se passent sous la scène.
De trappes installées dans le plancher surgissent des personnages, des faisceaux lumineux et de la fumée.
C’est de l’une d’elles que sortira Judy Chicago pendant la deuxième partie du spectacle.
Son apparition viendra secouer les personnages si fortement qu’ils en seront transformés.
Saluons ici les costumes d’Elen Ewing. Les personnages sont vêtus de plusieurs couches de vêtements. Leur « mue » est ainsi autant physique que métaphorique alors qu’ils se départissent donc d’une partie de celles-ci.
Des personnages succulents
Noémie O’Farrell interprète avec un pathétisme convaincant une artiste misérable qui échoue tant sa vie personnelle que son art. Elle fuit ses problèmes dans le lit d’un artiste aux mœurs très légères, incarné avec fougue par Victor Andres Trelles Turgeon.
Louise Cardinal est excellente dans les traits d’une gynécologue en conflit avec sa fille (Anna Romagny) qui refuse de suivre ses traces.
Jérémie Francoeur transpire la peine et le désarroi du mari cocu qui tente de se venger dans les bras d’une jeune artiste trop occupée pour créer (Noé Lira).
Un décrochage involontaire
Des ruptures de ton sont engendrées par la présence de Judy qui vient interrompre l’action pour raconter des bribes de sa vie. Difficile pour le spectateur de rester complètement accroché à l’histoire.
Malgré tout, Judy demeure une création d’une beauté et d’une originalité enviables.
Judy jusqu’au 17 février
Création du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et du Théâtre P.A.F., la pièce Judy est présentée à la salle Michelle-Rossignol jusqu’au 17 février.
Texte et mise en scène : Gabrielle Lessard
Interprétation : Louise Cardinal, Jérémie Francoeur, Louise Laprade, Noé Lira, Noémie O’Farrell, Anna Romagny, Victor Andres Trelles Turgeon
Crédit photo : Sylvie-Ann Paré
Texte : Nancie Boulay
