Jusqu’au 13 avril, le Théâtre du Rideau Vert nous amène dans les méandres de la santé mentale avec Jamais, Toujours, Parfois. Tirée du livre de la jeune Australienne Kendall Feaver, la pièce traite avec habileté de la difficulté d’un être bipolaire à vivre selon ses aspirations avec la prise de médicaments qui lui engourdissent le cerveau et des déchirements que vit son entourage face à cette situation.
Être ou ne pas être?
Depuis sa tendre enfance, Anna, incarnée avec conviction par Lauren Hartley, est médicamentée pour ses troubles de comportement. Aujourd’hui, elle a dans la vingtaine et veut devenir écrivaine.
Elle constate qu’elle a le syndrome de la page blanche alors que vers 8 ou 10 ans, elle écrivait de bonnes histoires mais assez sombres et macabres qui avaient inquiétées sa mère à l’époque. Elle se demande si ce n’est pas la prise d’antipsychotiques qui la rend ainsi, sans créativité. Elle décide alors de cesser toute médication.
L’amour d’une mère devant un tel choix
Ce choix ébranle fortement sa mère Renée, magnifiquement interprétée par Annick Bergeron. L’équilibre obtenu avec la médication sera alors constamment bouleversé. Elle s’y oppose donc tout comme la pédopsychiatre (Marie-Laurence Moreau). Toutes les deux la mettent en garde des répercussions d’un arrêt abrupt.
Renée essaie de trouver un allié en Olivier, jouée par Simon Landry-Désy, mais celui-ci timide et un peu renfermé, lui refuse son soutien à long terme. Il en a plein les bras avec son père en chaise roulante.
Dualité Mère / Fille
Cette pièce nous touche parce qu’elle nous montre sans ambages tout le désarroi d’une mère qui veut aider sa fille. Une mère dans le doute, qui se questionne si elle a bien fait de consulter une pédopsychiatre. Si elle a bien fait de répondre aux questions dont les choix sont sans nuances et limités à « Jamais », « Toujours », « Parfois » et qui ont amené sa fille dans cette spirale médicale.
Quant à Anna, elle en veut à sa mère de limiter ses choix. Peu réceptive aux autres, elle les manipule parfois, ne s’intéresse à personne et a développé au cours de ses consultations une dépendance envers sa pédopsychiatre. Cette attitude alimente un conflit constant mère/fille. Elle a besoin de sa liberté de choisir.
Le scénario invite subtilement le public à changer son empathie envers la mère ou la fille et à ne pas prendre position.
Questionnements
La brillante mise en scène de Brigitte Poupart consolide ces questionnements : Où s’arrête l’identité et où commence la maladie ? Faut-il médicamenter dès l’enfance, n’est-ce pas trop tôt ? Jusqu’où va l’éthique médicale? Est-ce que le diagnostic peut être erroné?
Puissant jeu d’acteurs
Avec des dialogues bien dosés et percutants et dans des décors qui s’allient bien aux situations, les quatre comédiens, dirigés de main de maître par la metteure en scène, sont totalement investis et jouent avec force leur rôle .
Particulièrement, Lauren Hartley qui joue Anna de façon très très convaincante. Elle modifie le débit de sa voix et harmonise avec exactitude ses gestes lorsqu’elle est en crise. C’est parfait!
Quant à Annick Bergeron, dans le rôle de la mère en détresse, cette formidable comédienne a su mettre son talent et son expérience au profit de la pièce. Elle joue avec tellement d’intensité qu’on ressent à juste titre de l’empathie pour cette femme. On sent son désarroi.
Ces deux femmes portent la pièce avec panache.
Jamais, Toujours Parfois, jusqu’au 13 avril
Ce drame familial sincère sur l’amour d’une personne atteinte d’une maladie mentale tient l’affiche au théâtre du Rideau Vert jusqu’au 13 avril.
Texte : Kendall Feaver
Mise en scène : Brigitte Poupart
Avec : Annick Bergeron, Lauren Hartley, Marie-Laurence Moreau, Simon Landry-Désy
Crédit photo : David Ospina
Texte : Micheline Rouette
