Le Gala de la SPACQ a célébré sa 21e édition le 21 septembre 2026 en mettant à l’honneur les auteurs, compositeurs et créateurs qui font rayonner la chanson et la musique d’ici. De Daniel Beaumont à Lou-Adriane Cassidy, en passant par Yannick Nézet-Séguin, Fanny Bloom, Pierre Kwenders et Sylvain Cossette, plusieurs figures marquantes de la scène musicale québécoise et canadienne ont été récompensées lors de cette soirée présentée au Club Saint-James, à Montréal.
Prix François Cousineau
Musique en chanson — Fred St-Gelais
Le Prix François Cousineau récompense le travail de composition musicale dans le domaine de la chanson. Fred St-Gelais reçoit cette distinction pour sa contribution à la création musicale québécoise.


Félicitations pour votre prix ! Après tout ce que vous avez accompli au cours de votre carrière, qu’est-ce qu’il vous reste encore à réaliser ou à accomplir ?
Pendant une grande partie de ma carrière, j’ai consacré mon travail à écrire des chansons pour d’autres artistes. Puis, il y a un an ou deux, j’ai décidé de me concentrer davantage sur mes propres projets.
À 52 ans, j’ai maintenant envie d’écrire des chansons que je peux moi-même porter à travers différents projets et différentes collaborations. Ce ne sont pas nécessairement des projets qui portent mon nom, mais ce sont des créations qui viennent de moi et de mes associations avec des gens proches. C’est notamment le cas de Scooter Gas, le duo que je forme avec Dom Faucher, dont le premier album est sorti cette semaine. C’est donc ça qu’il me reste à accomplir : continuer à créer, à développer mes propres projets et à laisser davantage ma propre empreinte artistique.
À un moment donné, je me suis aussi posé une question. Je n’ai pas d’enfants, mais j’ai des neveux et des nièces qui commencent eux-mêmes à penser à avoir des enfants. Je me suis dit : « Dans 20 ans, les enfants de mes neveux et de mes nièces vont peut-être me googler. Qu’est-ce qu’ils vont trouver ? Des chansons que j’ai écrites pour les autres. »
Je me suis alors dit que ce serait peut-être une bonne idée de publier davantage mon propre point de vue et de montrer une image plus complète de qui je suis et de ce que j’ai à raconter. C’est important pour moi de laisser cette trace-là.
Prix André Gagnon
Musique instrumentale — Viviane Audet
Le Prix André Gagnon célèbre la création en musique instrumentale. Viviane Audet reçoit cet honneur pour son travail de compositrice et de musicienne.


Y a-t-il une émotion que vous trouvez plus facile à transmettre avec quelques notes qu’avec des mots ?
Oh mon Dieu… Cette question me donne des frissons, juste d’y penser. Je dirais : la tendresse.
Il y a quelque chose dans la musique, et particulièrement dans ce que j’aime transmettre et partager, qui me permet d’exprimer une tendresse que je n’arrive pas toujours à mettre en mots. Avec mes enfants, j’y arrive facilement. Mais dans la vie de tous les jours, avec les autres, tout va tellement vite. On mène des vies complètement folles, on fonctionne, on surfonctionne même parfois. Et j’ai l’impression que le piano me permet de retrouver cette tendresse-là.
Depuis deux ans, alors que je voyage avec mon piano et que je vais à la rencontre des gens, j’ai l’impression qu’ils me parlent beaucoup de ça. En toute humilité, je sens qu’il y a quelque chose dans ma musique qui apporte un petit réconfort. Et ça me touche énormément, parce que ces témoignages viennent souvent avec beaucoup de confidences. Je pense que ce n’est pas seulement ma musique : la musique instrumentale, en général, se glisse dans l’intimité des gens d’une façon qui est difficile à décrire. Elle nous accompagne souvent dans des moments où on n’a pas nécessairement envie d’entendre des mots, où les mots deviennent presque de trop. La musique peut simplement être là, avec nous, dans ces moments-là.
Des gens m’ont déjà raconté, par exemple : « Mon papa est parti sur Les galeries avec l’aide médicale à mourir. » Ce sont des témoignages qui me bouleversent profondément. Ça m’arrive souvent de recevoir ce genre de confidences et ça me chavire. Parfois, je vis moi-même ces émotions très intensément. Mon chum peut même me regarder et se demander pourquoi je pleure. Mais en même temps, ces témoignages me donnent le sentiment que ma musique peut être utile à quelque part, qu’elle peut accompagner quelqu’un dans un moment important de sa vie. Et ça, personnellement, ça me touche énormément.
Je pense que c’est aussi pour ça que j’ai moi-même un rapport aussi fort avec la musique instrumentale. Je l’intègre beaucoup dans mon quotidien et certains compositeurs m’accompagnent de la même manière. Je comprends donc profondément ce que les gens peuvent ressentir lorsqu’ils me parlent de leur relation avec ma musique.
Alors oui, si je devais choisir une seule émotion : la tendresse.
Prix André « Dédé » Fortin
Originalité — Lou-Adriane Cassidy



Le Prix André « Dédé » Fortin récompense une démarche artistique qui se distingue par son originalité, sa personnalité et sa liberté créative. Lou-Adriane Cassidy est la lauréate de cette 21e édition.
Dans un monde où tout va très vite et où l’intelligence artificielle prend de plus en plus de place, comment peut-on protéger ce qui est profondément personnel et unique en nous ?
Je pense que, pour moi, la création musicale est naturellement une façon de protéger ça. Lorsqu’on écrit des chansons, on passe un peu tout ce qu’on a vécu, tout ce qu’on a reçu et tout ce qu’on a consommé au cours de notre vie à travers notre propre filtre, notre propre sensibilité, notre âme, si on veut. Et je pense que c’est justement ce qui fait que la création devient profondément humaine et surtout profondément unique.
Pour moi, l’écriture, l’interprétation et le fait de faire des spectacles sont vraiment au centre de cette démarche. C’est ma façon de rester connecté à ce qui est profondément personnel en moi. Je pense aussi qu’il faut simplement essayer d’être le plus profondément soi-même. Ça peut sembler un peu cliché ou « cheesy », mais je crois sincèrement que c’est vrai.
Il faut comprendre ce qui nous distingue des autres, mais aussi ce qui nous lie aux autres. Et ensuite, il faut accepter ce qui fait de nous quelqu’un de particulier et d’unique. Au fond, c’est peut-être ça, la meilleure façon de protéger ce qui nous appartient vraiment : être pleinement soi-même.
Prix Stéphane Venne
Auteur-compositeur — Sylvain Cossette


Le Prix Stéphane Venne célèbre le travail d’un auteur-compositeur dont la contribution marque durablement le paysage musical. Sylvain Cossette reçoit ce prix lors de la 21e édition du gala.
Quand vous écrivez une chanson, pour vous ou pour un autre artiste, qu’est-ce qui vient en premier : la phrase qui touche ou la mélodie qui reste en tête ?
Ouf… les deux ! Mais c’est complètement différent selon la situation.
Quand j’écris pour quelqu’un d’autre, c’est souvent le texte qui va m’inspirer en premier. Je pars des mots, de ce que j’ai envie de raconter ou de faire ressentir, puis la mélodie vient naturellement autour de ça. Quand j’écris pour moi, ça arrive beaucoup plus souvent qu’une mélodie me trotte dans la tête. Je pars alors de cette mélodie et, à partir de là, j’écris le texte.
Je pense que c’est simplement parce que je suis quelqu’un pour qui la mélodie vient très naturellement. C’est probablement la façon avec laquelle je suis le plus à l’aise de m’exprimer.
Est-ce que vous trouvez plus facile d’exprimer vos émotions par les mots, par la mélodie ou directement dans une conversation ?
Je dirais que j’ai beaucoup de facilité avec la mélodie. Je suis vraiment « mélodie en premier », donc ça sort assez facilement chez moi.
Mais pour ce qui est des émotions, je n’ai pas nécessairement besoin de passer par une chanson. Par exemple, je suis tout aussi capable de dire directement à quelqu’un que je l’aime que de lui exprimer cette émotion dans une chanson. Je n’ai pas de difficulté particulière à le dire avec des mots. Donc, pour moi, les deux façons de m’exprimer peuvent coexister.
Prix Paul Daraîche
Couleur country — Éric Goulet

Le Prix Paul Daraîche souligne une contribution remarquable à la musique country. Cette année, la distinction est remise à Éric Goulet.
Si vous deviez faire découvrir la musique country à quelqu’un qui pense ne pas l’aimer, quelle chanson lui feriez-vous écouter en premier, et pourquoi ?
C’est drôle comme question, parce que j’entends souvent des gens me dire : « Ah, moi, j’aime ça ! » J’ai donc un peu de difficulté à choisir une seule chanson. En fait, c’est exactement ce que j’essaie de faire avec mes trois albums : créer de la musique country pour des gens qui pensent ne pas aimer le country.
Égoïstement, je pourrais vous proposer quelques-unes de mes chansons, comme Belle femme, Le trou de ma guitare ou Me tiendras-tu la main. Ce sont des chansons qui se rapprochent du country et qui s’en inspirent, mais qui ne correspondent pas nécessairement aux clichés associés au genre.
Je pense que certaines personnes sont parfois rebutées par ces clichés, et je les comprends, parce que moi-même, je ne me reconnais pas nécessairement dans cette image-là. Je crois qu’il est possible d’ouvrir l’univers du country et de le rendre beaucoup plus large. C’est ce que j’ai essayé de faire avec mes trois albums : me réapproprier une forme de country plus originelle, inspirée notamment du country québécois des années 1950, puis l’actualiser pour le rendre plus universel, en m’éloignant des clichés de pick-up, de party et de tout ce qui peut parfois être associé au genre.
Au fond, j’essaie simplement de donner envie aux gens de découvrir le country autrement.
Prix Robert Charlebois
Rayonnement à l’extérieur du Québec — Yannick Nézet-Séguin


Le Prix Robert Charlebois récompense un créateur dont le travail contribue au rayonnement de la culture québécoise au-delà des frontières de la province. Le prix est remis cette année à Yannick Nézet-Séguin.
Prix Sylvain Lelièvre
Enrichissement du patrimoine musical — Marie-Annick Lépine, Jérôme Dupras et Jean-François Pauzé




Le Prix Sylvain Lelièvre souligne une contribution significative à l’enrichissement et à la pérennité du patrimoine musical québécois. Marie-Annick Lépine, Jérôme Dupras et Jean-François Pauzé sont les lauréats de cette édition.
Prix Clémence DesRochers
Reconnaissance artistique — Biz

Le Prix Clémence DesRochers met en valeur le parcours d’un artiste dont l’œuvre et la contribution occupent une place importante dans le paysage culturel québécois. Cette distinction revient cette année à Biz.
Prix Luc Plamondon
Qualité des paroles — Daniel Beaumont

Le Prix Luc Plamondon souligne la qualité des paroles et le travail d’écriture d’un auteur dont les textes se démarquent par leur force, leur sensibilité et leur portée artistique. Cette année, le prix est remis à Daniel Beaumont.
Prix Gilles Vigneault
Carrière en marche — Fanny Bloom


Le Prix Gilles Vigneault met en lumière un parcours artistique en pleine évolution et une carrière qui continue de se démarquer. Fanny Bloom reçoit le prix cette année.
Prix Richard Grégoire
Musique sur image — Patrick Lavoie

Le Prix Richard Grégoire récompense le travail de composition musicale destiné à accompagner l’image, que ce soit à la télévision, au cinéma ou dans d’autres productions audiovisuelles. Patrick Lavoie est le lauréat de cette édition.
Prix Karim Ouellet
Vision diversité — Pierre Kwenders

Le Prix Karim Ouellet souligne une démarche artistique contribuant à la diversité culturelle et musicale. Cette distinction est remise cette année à Pierre Kwenders.
Prix Edith Butler
Chanson canadienne — 1755


Le Prix Edith Butler souligne une contribution importante à la chanson canadienne. Le groupe 1755, formé notamment de Roland Gauvin, Pierre Robichaud et Ronald Dupuis, reçoit cet honneur.
Prix Beau Dommage
Complicité et pérennité — Les Charbonniers de l’enfer

Le Prix Beau Dommage récompense la complicité artistique et la pérennité d’un projet collectif. Les Charbonniers de l’enfer, avec Michel Faubert, Normand Miron, Michel Bordeleau et André Marchand, sont honorés cette année.
Prix Diane Juster
Engagement et générosité — Myriam Brousseau et Danielle Vaillancourt

Le Prix Diane Juster souligne l’engagement et la générosité de personnes qui contribuent activement à la transmission et au développement de la chanson. Cette année, le prix est remis à Myriam Brousseau et Danielle Vaillancourt, cofondatrices de La Petite École de la chanson.
Animateur : Stéphane Archambault

Autres photos










Alice Ramirez | Journaliste
Alice, originaire du Mexique, est diplômée en marketing et en éducation à l’enfance. Maman de deux merveilleuses filles, elle apprécie les comédies musicales, le théâtre ainsi que divers genres musicaux, notamment la pop, la musique électronique, le jazz et, bien sûr, la musique latine. Alice a participé comme figurante dans plusieurs publicités et a également travaillé dans le domaine de l’événementiel pour la télévision mexicaine.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
