Pianiste québécoise aujourd’hui établie à Londres, Chloé Dumoulin trace un parcours remarquable sur les scènes d’ici et d’ailleurs. De retour à Montréal pour notamment un récital à la Place des Arts le 28 janvier dernier, elle revient sur son cheminement, sa relation intime avec la musique, les moments marquants de sa carrière et sa place au sein d’une nouvelle génération de pianistes qui conjugue respect de la tradition et liberté artistique.
Peux-tu te présenter pour nos lecteurs qui découvrent ton univers ? Qui est Chloé Dumoulin ?
Je suis une pianiste de 26 ans, québécoise, maintenant basée à Londres. Je voyage un peu partout pour me produire en concert, que ce soit en récital solo, comme soliste avec orchestre ou encore en musique de chambre.
Quel a été le déclic ou le moment où tu as su que la musique allait devenir ton métier ?
C’est un peu abstrait, mais je me rappelle d’un moment précis : je devais avoir à peu près 9 ans et c’était mon premier concert dans un grand théâtre. C’est touchant, car je me souviens encore vivement du sentiment de fébrilité et d’excitation que j’avais à l’intérieur de moi. À cette même période, je commençais à faire des concours de piano et je voyais que la musique classique avait vraiment son propre monde. Ma mamie était également musicienne, ce qui m’a permis de comprendre assez jeune que c’était un vrai métier et que c’était celui qui me parlait naturellement.
Quels sont tes plus beaux souvenirs que tu as vécus au Québec et ailleurs ?
Très difficile de choisir, mais je garde précieusement le moment où mon mentor, Ronan O’Hora, m’a annoncé que j’étais prise à la Guildhall School of Music and Drama avec une bourse complète, à la suite de mon audition à New York, ce qui signifiait que j’allais déménager officiellement à Londres. Ce grand changement dans ma vie va toujours demeurer un souvenir très unique pour moi. Sinon, je suis sincèrement reconnaissante pour toutes les étapes de mon parcours, pas seulement les beaux moments, mais aussi ceux qui ont été plus difficiles.


Comment as-tu vécu ton concert de mercredi à Montréal à la Salle Claude-Léveillée ? En quoi était-il unique ?
C’était très touchant pour moi de me produire à nouveau à la Place des Arts. La dernière fois, c’était à la Maison symphonique en 2021, et j’étais contente de découvrir une nouvelle salle, dans un contexte de récital cette fois. Ce qui m’a le plus marquée de ce concert est définitivement l’aspect intimiste que cette salle permet et la chaleur que le public m’a offerte. C’était un récital avec un répertoire très exigeant ; bien qu’il soit romantique, il s’agissait de deux œuvres assez chargées. C’était donc toute une expérience, autant pour moi que pour le public.
Comment réussis-tu à communiquer tes émotions avec le public, selon toi ?
Je ne pense pas que ce soit quelque chose qu’on puisse fabriquer, malheureusement. Pour moi, c’est seulement une question d’authenticité et de relation avec la musique. Chaque musicien a un rapport différent avec la musique qu’il côtoie, et c’est la beauté de ce qu’on fait. Après, c’est à chaque membre du public de vivre l’émotion de son choix. Naturellement, je me sens très proche de la musique que je fais, mais je pense que cet aspect de communication prend place de manière naturelle.
Qu’est-ce qui rend un concert réussi selon toi, au-delà de la musique elle-même ?
Le choix du répertoire ou le concept du concert est pour moi une partie intégrante d’un concert réussi. Personnellement, quand j’assiste à un concert, si le musicien me fait oublier que je suis musicienne, c’est-à-dire s’il arrive à me faire profiter du moment pour ce qu’il est, c’est un concert réussi — et franchement, ça arrive très souvent. Je suis très admirative du travail des autres. J’aime les concerts où j’entends une personnalité, où j’entends la musique d’une nouvelle manière, où le son me traverse et me renverse. Je ne sais pas si je détiens la formule du concert réussi !
Tu as été nominée dans le top 30 des musiciens classiques canadiens de moins de 30 ans les plus « hots » par la CBC. Comment te sens-tu de représenter cette nouvelle génération ?
C’est naturellement un grand honneur pour moi d’avoir été nommée dans cette liste parmi des collègues que je respecte énormément. Je pense que nous sommes une génération très excitante : nous avons des modèles et des sources d’inspiration infinies, un respect énorme de la tradition et, en même temps, une ouverture profonde à faire les choses différemment. J’ose croire que le fait d’être exposés à autant de musiques, d’opinions et d’options nous donne l’occasion de nous poser réellement la question de qui nous sommes et de ce que nous voulons faire comme artistes.
Quelle est la plus belle expérience que tu as vécue dans ta vie professionnelle ?
Il y en a tellement — je n’aime pas avoir à en choisir une — mais je pense que l’une des expériences les plus déroutantes et excitantes que j’ai vécues est la tournée que j’ai faite en Chine en 2024. J’ai eu la chance énorme de me produire dans huit villes différentes, en plus de siéger sur des jurys de concours et de donner des masterclasses. C’était une expérience humaine et culturelle extrêmement enrichissante, et je vais m’en souvenir toute ma vie.
Après avoir joué dans des salles prestigieuses à l’international, comment compares-tu ces expériences à un concert ici, au Québec ?
Je ne vois pas de différence énorme ; pour moi, c’est vraiment à propos de la musique. Bien sûr, l’acoustique et la qualité des instruments font une différence, mais avec des salles comme Bourgie ou le Bon-Pasteur, je trouve qu’on est quand même très gâtés pour une nation si jeune. Bien sûr, jouer au Carnegie Hall ou au Wigmore Hall est une expérience absolument géniale, justement en raison de l’acoustique et des possibilités infinies du piano, qui te font sentir très libre artistiquement. Il y a aussi un poids historique assez impressionnant dans ces lieux. Mais je pense qu’on peut être très fiers de ce que l’on a ici, au Québec.


Quels conseils donnerais-tu à un jeune pianiste qui rêve de se produire à l’international ?
Je lui conseillerais de rester curieux, ouvert et flexible, de travailler fort, de poser des questions, de prendre des risques et de sortir de sa zone de confort. Il faut aller à la rencontre des gens, investir dans ses envies et savoir s’écouter et se respecter. Je pense que ces qualités m’ont beaucoup aidée dans mon parcours.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
