La pièce de théâtre Anatomie d’un suicide est présentée à l‘Usine C du 26 novembre au 7 décembre 2024. Voici le compte-rendu du spectacle.
Brigitte Poupart est une artiste engagée et inspirante par son talent et son audace. Après avoir convaincu la britannique Alice Birch de lui accorder l’autorisation de monter la pièce Anatomie d’un suicide qui a reçu en 2018 le prestigieux Prix Susan Smith Blackburn consacré aux femmes dramaturges du théâtre anglophone, Brigitte Poupart s’est fait un grand plaisir pour la mettre en scène en relevant des défis importants et mémorables. Texte féministe oui, mais oh! combien puissant et humain!=
Notons d’abord une traduction de l’anglais en superbe québécois par Maryse Warda. Ce sont nos mots et nos expressions qui sont entendus et résonnent vrai. Quant à l’environnement sonore d’Alexander McSween, il participe fortement aux drames ressentis des personnages sur scène et dirons-nous, des humains assis dans la salle ! N’est-ce pas le but ultime des représentations théâtrales…Ressentir ce qui est représenté.
Le design audiovisuel, projections immersives du japonais Ryoichi Kurokawa, est littéralement renversant. L’intégration vidéo de Jean-Sébastien Baillat y est pour beaucoup. Je rêve encore de ces forêts décomposées et ces immeubles délabrés qui s’engouffrent et disparaissent dans le vide comme de l’eau au fond d’un évier. À ce propos, la scène est carrément un bassin d’eau de 10 cm de profond dans lequel le mobilier bourgeois trempe dans l’eau, les acteurs évoluent avec leurs vêtements inexorablement trempés et leurs mouvements sont tous devenus à risque…



Saluons le courage des acteurs qui jouent pieds nus dans ce liquide probablement non chauffé en ce mois de novembre… Il y a donc un engagement total et viscéral de tous les participants pour cette performance!
La difficulté supplémentaire du jeu des acteurs est, comme à l’opéra, chacun chante sa partition propre qui, miraculeusement, s’harmonise à l’autre musicalité. Les dyades existent en parallèle, semblant décousues de leurs fils, mais unis par la déroute. Les dialogues sont souvent à trois niveaux et en alternance, à reconstituer pour le spectateur qui peut s’embrouiller, mais, on reprend vite nos sens. Ainsi, s’expriment à des époques différentes les mêmes souffrances morales et mentales de trois générations de femmes socialement et politiquement manipulées, que ce soit par la grossesse ou la maternité ou cette engeance à se disloquer la conscience par l’intoxication. L’humour anglais s’insère avec des répétitions haletantes et convenues: «Je suis désolée! » «So Sorry !» D’avoir gâché l’heure du repas ou du thé en famille avec ma maladie mentale! Et mes envies de mourir!
Une pièce à voir pour public consentant! Bravo!

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Charles-Olivier Royer

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